Préambule
Quand j’ai demandé l’automne dernier à Pedro Costa s’il pouvait nous donner un texte pour accompagner la série d’essais qui lui seraient consacrés dans un prochain numéro de Trafic, il m’a aussitôt proposé les dialogues de son dernier film, destiné à être présenté à la 29e Biennale de Sao Paulo. O Nosso Homem (Notre Homme, 23 mn, 2010) est une variation brève dans le droit fil de la trilogie consacrée aux habitants du quartier aujourd’hui détruit de Fontainhas ; et plus précisément une sorte d’appendice à son troisième volet, En avant, jeunesse !, dont le héros, Ventura, réapparaît, devenu ici un des quatre personnages de ces dialogues de désespérance. Ils se poursuivent, de décor en décor, du plus sombre au plus éclatant, portés par cette somptuosité de cadres et de tons de lumières et d’ombres qui faisait dire à Jacques Rancière, à propos d’En avant, jeunesse ! : « La foi dans l’art qui atteste la grandeur du pauvre - la grandeur qui l’assimile à l’affirmation d’un salut. » (« La lettre de Ventura », Trafic, n° 61, printemps 2007, p. 9) Une figure court à travers O Nosso Homem pour en exprimer la violence mythique : « ce bonhomme qui emmène les gens dans une vie meilleure. », leur glissant furtivement un papier qu’il leur redemande plus tard pour mieux leur fracasser la tête ; papier qui ressemble si fort à l’avis d’expulsion qui frappe en fin de parcours José Alberto, un des quatre Cap-Verdiens poursuivant à Lisbonne ces échanges sur l’improbable dignité de vivre.
O Nosso Homem est aussi la troisième variation sur le même motif, précédée par deux films qui lui sont largement semblables comme ils le sont déjà entre eux : Tarrafal (2007, 16 mn) et The Rabbit Hunters (2007, 21 mn) - voir ici même l’article de Bernard Eisenschitz qui en fait l’évaluation et traite ainsi, implicitement, d’O Nosso Homem. Ce troisième film, nous a précisé Pedro Costa, est un remontage de deux autres et, à proportion de quelques coupes et remaniements, « fait à peu près la somme des deux » ; il a également donné lieu à un nouveau mixage.
Le sort variable réservé aujourd’hui à de telles œuvres brèves de cinéastes artistes (ces courts métrages qu’on passait autrefois avant les longs) fait que O Nosso Homem a été montré à Paris, au Centre Pompidou, dans le cadre des Rencontres internationales Paris/Berlin/Madrid, le jour même (3 décembre 2010) où je l’ai vu projeté dans une « boîte noire » de la Biennale de Sao Paulo. Il suffisait, à quelque moment qu’on y entre, d’attendre un nouveau recommencement pour pouvoir le voir presque comme ce qu’il est, un vrai film de cinéma. On arrivait à quasi oublier la rumeur excessive que tant d’installations propageaient à travers le somptueux bâtiment sonore d’Oscar Niemeyer. Mais un bruit insistait, comme un sourd battement de cœur proche. Il était dû - paradoxe miroitant en bien des sens - au son très violent des marteaux-piqueurs poursuivant, à l’intérieur d’une seconde boîte noire accolée à la première, Minino Macho, Minino Fêmea, conçue en 2006 par Pedro Costa à partir de chutes non montées de Dans la chambre de Vanda.
Raymond Bellour
Scénario
Notre homme
Par Pedro Costa
Un matin de l’été 2007. L’intérieur d’une baraque en bois et plaques d’étain dans la périphérie de Lisbonne.
José Alberto, vingt-sept ans, et sa mère, cinquante-cinq ans, tous les deux Cap-Verdiens. Ils sont assis à une table. José Alberto se coupe les ongles avec un petit couteau de poche. Ils parlent en créole.
JOSÉ ALBERTO. - Maman, tu vas habiter où quand tu rentreras au Cap-Vert ?
MÈRE. - Je vais me faire ma maison.
JOSÉ ALBERTO. - Près de chez ta maman ?
MÈRE. - Juste au-dessus.
JOSÉ ALBERTO. - La maison de mémé n’a qu’un étage ? Tu vas lui en rajouter un, c’est ça ?
MÈRE. - Il faudra bien.
JOSÉ ALBERTO. - Il y aura de la place pour un potager ?
MÈRE. - Tu parles ! On ne peut presque pas y faire une maison, alors un potager !
JOSÉ ALBERTO. - Mais il n’y a pas de jardin ?
MÈRE. - La maison, on l’a faite dans le jardin !
JOSÉ ALBERTO. - Et l’ancienne maison de Papa ?
MÈRE. - Oublie la maison de papa, elle est pourrie. Elle est en haut de Mourao. Elle est vide. Elle ne sert à rien.
JOSÉ ALBERTO. - Elle est abandonnée ?
MÈRE. - Abandonnée. C’est le royaume des rats et des lézards.
JOSÉ ALBERTO. - Alors je peux l’avoir pour moi.
MÈRE. - Pour quoi faire ? Tu veux y aller tout seul ?
JOSÉ ALBERTO. - Pourquoi pas… je m’y installe, je fais des travaux. Et du côté de la famille de papa ?
MÈRE. - Il ne reste que ton oncle Santo. Il est à Milho Branco. Lui, il a un potager, je te dis pas ! Du manioc, des patates, de tout…
JOSÉ ALBERTO. - Mais notre maison…
MÈRE. - Je te dis qu’elle est abandonnée.
JOSÉ ALBERTO. - C’est vraiment la vôtre ?
MÈRE. - Que je sache, personne d’autre n’y a vécu.
JOSÉ ALBERTO. - Pourquoi ?
MÈRE. - Personne tient le coup, là-bas.
JOSÉ ALBERTO. - On n’a qu’à y aller, nous !
MÈRE. - Moi ? Au milieu de nulle part, sans électricité, sans eau, sans rien ? Ici j’ai l’eau, la lumière, tout ce qu’il faut !
JOSÉ ALBERTO. - Mais tu crois que je ne peux pas y vivre ?
MÈRE. - Tu rêves ! Tout seul avec ta lampe à huile ? Aucune lanterne n’éclaire une telle obscurité.
JOSÉ ALBERTO. - Alors c’est pour ça qu’ils sont tous partis ?
MÈRE. - C’est pas une vie…
JOSÉ ALBERTO. - Bon, mais notre maison est toujours là…
MÈRE. - Elle est immense… Trois chambres, un grand salon qui donne sur une belle allée, un sol en marbre, très joli. Je te salue, mon chez-moi ! J’y ai mis un bon paquet d’argent…
JOSÉ ALBERTO. - Et on ne peut pas la vendre ?
MÈRE. - Mais qui voudrait l’acheter ? S’ils sont partis, c’est pas pour y retourner ! À moins que ce soit un pauvre gars, forcé de revenir à cette solitude. Celui qui est envoyé là-bas ne trouvera que de la désolation.
JOSÉ ALBERTO. - Ça s’appelle comment, le village, déjà ?
MÈRE. - Mourao, c’est près de Montinho.
JOSÉ ALBERTO. - Montinho ou Montijo ?
MÈRE. - Montinho. Il y a Montinho, Achada Ungueira, Raçatcho, Montinho de Cima, Montinho de Baixo, Milho Branco…
JOSÉ ALBERTO. - La maison de papa était là et celle de mémé ici ?
MÈRE. - Les deux ensembles.
JOSÉ ALBERTO. - Comme des jumelles…
MÈRE. - Ah, tout ça me donne envie de rentrer au Cap-Vert. Reposer cette carcasse…
JOSÉ ALBERTO. - Maman, Santana c’est loin de chez nous ? J’ai un ami là-bas.
MÈRE. - Santana c’est après d’Assomada. Il vit au Cap-Vert ?
JOSÉ ALBERTO. - Ils l’ont envoyé là-bas. Il était en prison ici, ils l’ont renvoyé. Ça doit pas être facile pour lui…
Ils restent un moment en silence. Au loin, la voix d’une femme qui appelle son enfant.
MÈRE. - Regarde celle-là, elle piaille comme au Cap-Vert… Rien qu’à y penser, je crève de chaud.
JOSÉ ALBERTO. - Maman, et l’histoire de ce bonhomme qui emmène les gens vers une vie meilleure ?
MÈRE. - Il ne tue que les grandes personnes. Il leur glisse une lettre sans qu’ils ne le sentent.
JOSÉ ALBERTO. - Une lettre dans la poche ?
MÈRE. - Pas forcément, il peut la cacher n’importe où, dans leur moto, dans leur voiture.
JOSÉ ALBERTO. - Et personne ne s’en aperçoit ?
MÈRE. - Après, il vient leur demander ce qu’on leur a donné pour lui. Il dit : « Cherche bien dans tes poches ! » La personne sort le papier et il dit : « Viens avec moi. » Après il lui perfore le crâne. Il lui suce le sang et il poursuit son chemin.
JOSÉ ALBERTO. - Putain !
MÈRE. - Il ne mange pas le corps. Il suce le sang, c’est tout. Il emmène les gens dans la brousse, dans des coins paumés…
JOSÉ ALBERTO. - C’est un sacré petit malin…
MÈRE. - Il sème la terreur partout !
JOSÉ ALBERTO. - Et il faut le suivre ?
MÈRE. - Quand il dit à la personne : « Accompagne-moi », il s’est déjà emparé de son esprit, elle est à sa merci. Elle n’a plus qu’à le suivre jusqu’à son triste destin, et après il s’en va.
JOSÉ ALBERTO. - On dit aussi qu’il accoste les enfants : « Porte cette lettre à Untel ! »
MÈRE. - Non, jamais, il ne touche pas aux enfants.
JOSÉ ALBERTO. - Mais un enfant pourrait plus facilement porter la lettre à celui qui va mourir…
MÈRE. - Imagine quelqu’un qui va faire des courses…
JOSÉ ALBERTO. - Et il l’attend au café…
MÈRE. - Oui, à l’épicerie. La personne fait ses achats, il pèse le sucre et le riz et puis il enveloppe le sucre ou le riz dans le papier. C’est ça, sa ruse. Tu reprends ta route et ru rencontres l’homme. « Donne-moi ce qu’on t’a donné pour moi. » « On ne m’a rien donné. » « Et ça, là ? »
JOSÉ ALBERTO. - Et si tu ne lui donnes pas ?
MÈRE. - Ça sert à rien. T’es déjà ailleurs.
JOSÉ ALBERTO. - Je lui ferais croire que…
MÈRE. - T’es déjà ailleurs ! Une fois, une femme a demandé à un garçon de lui faire ses courses. Le pauvre, il est allé en ville… Il lui a fait ses courses, il est sorti du magasin et l’homme l’attendait. Il lui a dit : « Sors de ton baluchon, ce qu’on t’a donné pour moi. » Il a sorti le papier et le lui a donné. On n’a plus jamais entendu parler de la femme. Et le garçon a suivi l’homme. On l’a retrouvé trois jours plus tard au bord de la mer, allongé derrière des rochers, le crâne ouvert, mort. Son esprit est revenu nous dire qu’on lui avait donné ce papier qui tue. « Ce soir-là, je suis monté sur la colline, je suis tombé et je suis mort. »
Les HLM blancs du quartier Casal da Boba dans la périphérie de Lisbonne.
Ventura, Cap-Verdien, cinquante-cinq ans, maçon à la retraite, se tient debout et écoute Alfredo, soixante-sept ans, Cap-Verdien lui aussi, gisant à terre, la tête appuyée sur un poteau.
ALFEDO. - J’étais un bon maçon. J’ai jamais fait un mur de travers. Mon patron ne s’est jamais plaint de moi. Un jour le travail s’est arrêté, j’ai perdu mon chômage. Pas de pension de retraite, pas d’allocations familiales. J’ai cherché du travail partout, mais rien. Je ne ramènerais pas d’argent à la maison, Suzete m’a foutu à la porte.
Ventura aide Alfredo à se lever. Puis il suit Ventura et ils entrent dans un des blocs. Ventura monte au troisième étage et sonne à la porte de l’appartement d’Alfredo et de sa femme Suzete. Alfredo l’attend sur le palier du deuxième étage. Peu après, Ventura sort de l’appartement et rejoint Alfredo.
VENTURA. - Suzete n’est plus en deuil. Elle est habillée tout en jaune.
ALFEDO. - J’étais perdu. Je tournais en rond. Je suis allé à Amadora. J’ai pris le train jusqu’à Damaia, et de là à Benfica. Après je suis remonté. A pied. Fatigué. Je suis revenu ici à Boba… Tout près du Mini-Prix il y avait une bicoque sans portes ni fenêtres. Il y avait un matelas par terre. Quand je me suis couché les mômes m’ont aspergé d’eau… M’ont jeté des cailloux, fracassé la tête. Au petit matin, je me suis levé et je suis allé dans le jardin. J’étais mort de faim. J’ai trouvé un lapin, un lapin malade et blessé. Je l’ai attrapé pour le ramener à ma sœur. Elle m’a foutu dehors. « Ce lapin est malade, il est en train de crever. » Je l’ai balancé aux ordures. J’ai couru après une colombe, je lui ai jeté une pierre, et je l’ai attrapée. Je pensais que la colombe allait bien. Mais elle était malade elle aussi. Une vieille colombe. Ma sœur a crié : « Tu ramènes que de la pourriture à la maison ! »
C’est l’heure du déjeuner. Ventura et Alfredo entrent dans la grande cuisine de l’école primaire de Casal da Boba. Le cuisinier, un jeune Cap-Verdien en blouse blanche, finit son déjeuner. Les enfants ont déjà mangé et font la sieste.
VENTURA. - Alfredo ne se sent pas très bien..
Le cuisinier s’approche d’eux avec un grand récipient et sert à chacun un bol de soupe.
CUISINIER. - La soupe est bonne ?
VENTURA. - Délicieuse.
CUISINIER. - Elle n’a pas un petit goût spécial ?
VENTURA. - Des choux…
VENTURA. - Pomme de terre ?
CUISINIER. - Le plat principal, je ne peux pas vous l’offrir, il y en a juste assez pour les enfants.
Ils sont tous les trois assis à une table dans une salle de classe déserte. Le cuisinier boit une bière. Ventura somnole.
ALFREDO. - Je suis allé à la maison. J’ai sonné à la porte. Suzete m’a ouvert en chemise de nuit. « Trois heures de l’après-midi et tu es habillée en chemise de nuit ? » « Occupe-toi de tes affaires ! » « T’es toujours ma femme ! » « Viens ici, signe ce papier. » J’ai signé un papier. « Tu sais ce que tu signes ? » « Non, non, je sais pas. » « Les papiers de divorce. Sinon je porte plainte contre toi. » En passant devant le poste de police, un flic me demande : « Vous êtes Monsieur Untel ? » « Oui, Monsieur, c’est moi. » « Ne retournez pas chez Suzete sinon je vous jette en prison. Compris ? »
C’est l’après-midi. Ventura et Alfredo avancent sur un chemin de terre. Près d’un potager, ils croisent José Alberto, assis sur des pierres, perdu dans la lecture d’une lettre. Il les remarque à peine. Ils continuent leur chemin et arrivent à un sous-bois.
Alfredo, un bâton en main, se tient en position d’attaque devant des buissons. À distance, Ventura l’observe. José Alberto, toujours absorbé par la lecture de son papier, entre dans le sous-bois et s’approche de Ventura.
VENTURA. - Mes condoléances, José Alberto.
JOSÉ ALBERTO. - Il est saoul, lui, ou quoi ?
VENTURA. - Tu sais, on a une drôle de vie, aujourd’hui.
(Chantant tout bas)
Je suis parti à l’étranger
Mon patron m’a viré
Ma femme m’a trompé
Il me reste plus rien.
JOSÉ ALBERTO. - Hélas, il n’attrapera jamais un lapin comme ça.
La nuit est tombée. Alfredo, bâton en l’air, tendu, surveille un terrier de lapins. José Alberto et Ventura sont assis par terre, l’un près de l’autre. José Alberto toujours avec la lettre entre ses mains.
VENTURA. - Ton père était un bon maçon, c’était mon ami.
JOSÉ ALBERTO. - Mon père ne m’a jamais rien donné. Même pas une culotte. Le week-end, il allait se balader avec mes frères, et moi, je restais à la maison. Quand il est mort, j’étais en taule, en semi-liberté. On m’a téléphoné pour me prévenir. Ils m’ont donné une perme pour que j’aille au cimetière. Il y avait ces types qui enterrent les gens, les fossoyeurs. J’ai pris une pelle et j’ai enterré mon père.
José Alberto reprend la lecture de sa lettre. Ventura détourne les yeux. Plus loin, Alfredo, tombé par terre, le bâton dans ses mains.
Matin. L’intérieur de la baraque du début. Alfredo et Ventura sont assis sur des canapés.
VENTURA. - T’es tombé loin d’ici, c’est ça ?
ALFEDO. - C’était vendredi.
ALFEDO. - J’étais perdu. J’ai marché des heures dans la nature. Je me suis retrouvé dans un endroit perdu. Je ne connaissais personne, personne ne me connaissait. J’ai marché jusqu’à la tombée de la nuit. Il y avait un restaurant, je suis entré pour manger, je suis resté assis là un moment. J’ai papoté un peu avec les gens. Ensuite, je me suis levé et je suis sorti. L’homme m’a rattrapé : « Tu manges, tu bois, et tu t’en vas comme ça ? » Il a appelé la police. La police m’a arrêté et ils m’ont emmené au poste. Je ne sais pas ce qu’ils m’ont fait. Ils m’ont laissé par terre près de la voie ferrée, en pleine cambrousse. Personne ne me connaissait, je ne connaissais personne.
VENTURA. - Ils t’ont tué ?
ALFEDO. - Ça, j’en sais rien.
À l’extérieur de la baraque. Alfredo et Ventura sont assis côte à côte sur un banc en bois. Au loin, les HLM de Casal da Boba. Trois chats entrent dans le champ.
ALFEDO. - Regarde, Ventura, un lapin ! Celle-là c’est une femelle…
VENTURA. - Mon frangin Néné me faisait souvent du lapin avec des patates.
ALFEDO. - Mais du vrai lapin ?
VENTURA. - Bien sûr, du lapin. Au laurier et au vin blanc…
ALFEDO. - Il est parti tôt, lui aussi. Il est mort jeune… À quarante et quelques, c’est ça ?
VENTURA. - Plus, je crois… T’a pas pris ta dent en or dans la tombe…
ALFEDO. - Elle a dû servir à payer mon enterrement.
VENTURA. - T’avais le visage tout défoncé…
ALFEDO. - Quand je suis arrivé au Portugal, il n’y avait pas une seule maison ici.
VENTURA. - Tu veux dire ces immeubles, là-bas ?
ALFEDO. - À l’époque, on ne pouvait pas venir ici là nuit.
VENTURA. - Ils tabassaient les gens ?
ALFEDO. - Ils les tabassaient, ils tuaient.
VENTURA. - Les Blancs ou les Noirs ?
ALFEDO. - Les Blancs. C’est eux qui faisaient ça.
Accrochée par un couteau de poche à un poteau en bois, une lettre avec le timbre officiel du Gouvernement de la République portugaise.
Ministère de l’Intérieur, Service des étrangers.
Par le présent avis, José Alberto Tavares Silva, né le 17/8/1976, de nationalité cap-verdienne, résident 49, rua das Fontainhas, est convoqué devant ce service afin d’y être entendu dans le cadre d’une procédure d’expulsion administrative engagée à son encontre. L’intéressé prend acte du présent avis. Celui-ci lui ayant été notifié en langue portugaise, il le signera en présence de témoins.
Fait à Lisbonne, le 10 janvier 2007.
(O Nosso Homem, un film écrit et joué par Lucinda Tavares, José Alberto Silva, Alfredo Mendes, Antonio Semedo et Ventura. Son d Vasco Pedroso, Olivier Blanc et Branko Neskov. Montage de Patricia Saramago et Joao Dias. Image et réalisation de Pedro Costa. Première projection à la 29ème Biennale de Sao Paulo, Brésil, en septembre 2010.)
Paru dans
TRAFIC 77 © P.O.L, 2011